Gérer la scrupulosité (À l’intention des prêtres et confesseurs)

par le père Thomas M. Santa*, C.Ss.R., de la Congrégation du Très Saint Rédempteur.

Le pape François parle presque spontanément, en de nombreuses occasions, du prêtre comme d’un « ministre de la miséricorde ». Le plus souvent, il emploie cette expression lorsqu’il évoque le sacrement de la Réconciliation et le rôle du prêtre. À d’autres moments, il présente également cette vision profondément évocatrice du sacerdoce ministériel comme la préoccupation première et le cœur même de la vocation de ceux qui sont appelés à ce ministère. L’Année de la Miséricorde, qui vient de s’achever, a naturellement favorisé ce thème récurrent ; mais, même si cette année jubilaire est désormais terminée, je ne serais pas surpris que le Saint-Père continue à nous parler en ces termes.

Mon expérience m’enseigne que mes confrères prêtres apprécient profondément cette perspective proposée par le Saint-Père. Je crois que, dans le confessionnal comme en dehors, nous nous efforçons d’incarner pastoralement, chaque fois que cela est possible, la miséricorde, la compréhension et la réconciliation. Dans le même temps, je sais que le peuple de Dieu est sensible à cet accent particulier, parce qu’il fait l’expérience de ce rappel de l’amour et de la sollicitude de Dieu comme d’une source de vie et de grâce. Prêtres et fidèles aspirent tous deux à rencontrer, aussi souvent que possible dans leur vie quotidienne, la profondeur de la miséricorde divine. Tous désirent être fortifiés et encouragés par l’effusion surabondante de la grâce de Dieu.

Malgré tous nos efforts pastoraux, et malgré ce profond désir du peuple de Dieu de faire l’expérience de la miséricorde divine, il existe un groupe d’hommes et de femmes pour qui le sentiment de connaître et d’éprouver cette miséricorde semble désespérément hors de portée. Ce sont les personnes qui souffrent de scrupulosité, incapables de croire véritablement qu’elles sont aimées et accueillies par Dieu. Aucune parole ne semble apaiser leur âme tourmentée. Les assurances que nous leur offrons, en tant que ministres de la grâce de Dieu, paraissent demeurer sans effet. Cette incapacité à accueillir et à croire en la miséricorde salvatrice de Dieu ne provient ni de l’obstination ni d’un endurcissement du cœur. Elle est l’expression particulière d’un trouble qui envahit l’esprit et le cœur de « mille fantasmes terrifiants », selon la formule particulièrement saisissante d’un auteur décrivant ce trouble et l’expérience qu’il engendre.

C’est au confessionnal, lors de la célébration du sacrement de la Réconciliation, que nous rencontrons le plus souvent les personnes scrupuleuses. Bien souvent, la scrupulosité se manifeste, tant pour le prêtre que pour le pénitent, par une voix désincarnée, chargée de souffrance, qui résonne dans l’obscurité du confessionnal. S’ensuit l’énumération de péchés supposés, régulièrement ponctuée par des expressions de doute et des interrogations sans fin. Si je parle délibérément d’une expérience de déconnexion, c’est parce que le prêtre peine à établir un véritable lien avec le pénitent et avec la souffrance qui s’exprime dans cette obscurité. Mais, dans le même temps, le pénitent scrupuleux est lui aussi, d’une certaine manière, coupé de lui-même et de la relation qu’il recherche, car il accomplit un rituel complexe, ultime manifestation d’un combat intérieur prolongé, marqué par l’anxiété, la culpabilité et un profond sentiment de solitude. Cette confession, souvent monocorde, d’une longue litanie de péchés – qui ne sont, pour la plupart, que des péchés imaginés ou redoutés, nés de la peur même du péché – constitue la dernière étape de ce rituel. Malheureusement, dès que la confession est achevée et que ce rituel prend fin, un autre rituel commence aussitôt et doit à son tour être accompli. Rien n’est véritablement achevé dans cette confession : aucune certitude de la miséricorde, aucun apaisement intérieur, aucune paix profonde, et moins encore la conviction d’avoir été réconcilié avec Dieu ou d’avoir reçu sa miséricorde.

La personne scrupuleuse, enfermée dans ce rituel de confession et de remise en question permanente, est prisonnière d’une véritable souffrance. Elle entre dans le confessionnal avec l’espoir, souvent inconscient mais profondément ancré, que l’aveu de ses péchés supposés et de ses doutes lui apportera enfin un certain soulagement face au tourment que lui impose son trouble. Ce qui rend cette épreuve encore plus douloureuse, c’est qu’elle sait également que cette récitation presque mécanique de péchés réels ou imaginaires est une tentative vaine d’apaiser l’anxiété qui la consume intérieurement. La déconnexion, presque palpable, qui se manifeste alors exprime le désir profond de ne pas être enfermée dans cette situation ni dans ce rituel auquel elle se sent contrainte. En un sens très réel, le prêtre comme le pénitent deviennent les témoins de la puissance d’une expérience dont, l’un comme l’autre, préféreraient ne jamais avoir à faire l’épreuve.

Le prêtre expérimenté reconnaîtra aisément cette situation, tant elle se présente fréquemment dans le cadre du ministère du sacrement de la Réconciliation. Il reconnaîtra également que cette description ne correspond qu’à une seule catégorie de pénitents scrupuleux. Son intuition pastorale ne le trompe pas.

La situation que je viens de décrire concerne une personne souffrant d’un trouble profond que l’on désigne sous le nom de scrupulosité, mais qu’il serait sans doute plus juste de comprendre comme une manifestation du trouble obsessionnel compulsif (TOC). Nous sommes ici bien loin de la conception traditionnelle de la scrupulosité telle qu’elle était généralement enseignée dans les séminaires, au cours des formations destinées à préparer les futurs prêtres au ministère de la Réconciliation.

La conception classique de la scrupulosité, telle qu’on la retrouve dans les manuels de théologie morale, correspond davantage à ce que l’on pourrait appeler une conscience délicate ou excessivement sensible. Cette forme de scrupulosité peut, sur le plan pastoral, être accompagnée avec patience, notamment en invitant le pénitent à s’en tenir à un seul confesseur, capable de le guider progressivement dans une juste compréhension du péché.

Cette approche pastorale repose sur la conviction que cette forme de scrupulosité, bien qu’elle soit douloureuse, n’est pas appelée à durer. Avec une solide formation catéchétique, l’anxiété et les doutes finissent généralement par s’atténuer de manière significative, permettant au pénitent de vivre le sacrement de la Réconciliation de façon plus sereine, équilibrée et féconde.

Tel n’est absolument pas le cas lorsque la scrupulosité constitue l’une des manifestations d’un trouble obsessionnel compulsif.

Pour exercer un discernement pastoral juste et efficace, il est essentiel que le prêtre sache reconnaître la différence entre une conscience délicate et une personne dont la scrupulosité est l’expression d’un TOC. Il est tout aussi essentiel qu’il comprenne que le TOC est un trouble du comportement et de la régulation émotionnelle, susceptible de revêtir de nombreuses formes, dont la scrupulosité religieuse n’est qu’une parmi d’autres.

La manière dont le prêtre répondra pastoralement dépend donc de sa capacité à discerner ce que le pénitent exprime réellement, et de ce qu’il entend derrière cette voix distante et désincarnée qui s’élève de l’autre côté de la grille du confessionnal, dans l’obscurité.

Si le prêtre comprend qu’il n’est pas en présence d’une conscience délicate mais d’un pénitent souffrant d’un TOC, il lui devient possible d’apporter une réponse pastorale véritablement adaptée. Il n’a nul besoin d’être psychothérapeute, ni même spécialiste des troubles de la personnalité. Il lui suffit de reconnaître ce qu’il est en train de vivre, puis d’accepter d’entreprendre les démarches nécessaires afin d’offrir un accompagnement pastoral réellement utile et efficace.

Il est également utile de savoir que les mécanismes psychologiques et émotionnels du TOC sont, dans leur essence, remarquablement semblables d’une personne à l’autre. Ce qui varie, ce n’est pas le trouble lui-même, mais la nature des obsessions, des doutes et des interrogations qui l’accompagnent.

Chez la personne scrupuleuse, ces doutes portent presque toujours sur le péché, ou plus précisément sur certaines catégories de péchés. Chez d’autres personnes atteintes de TOC, ils peuvent se concentrer sur la peur des microbes, conduisant à des lavages de mains incessants ; sur la crainte de ne pas avoir accompli correctement des gestes quotidiens, comme verrouiller la porte d’entrée ou éteindre le four ; ou encore sur une multitude d’autres préoccupations. La liste est pratiquement infinie.

Il convient également de souligner que les personnes souffrant de TOC présentent souvent plusieurs manifestations du trouble au cours de leur existence, même si l’une d’entre elles tend généralement à dominer. C’est précisément ce que l’on observe chez les personnes dont la scrupulosité religieuse constitue la manifestation principale du trouble.

Lorsqu’un prêtre accompagne une personne atteinte de TOC, sa patience sera inévitablement mise à l’épreuve, tout comme celle du pénitent. Et si la réponse pastorale apportée n’est pas adaptée à la nature réelle du problème, la frustration des deux parties ne fera que s’accroître.

C’est précisément dans le choix de la réponse pastorale la plus juste que beaucoup de prêtres gagneraient à approfondir leurs compétences, afin que leur ministère puisse porter pleinement son fruit auprès des personnes souffrant de scrupulosité.

Au cœur de toute réponse pastorale adaptée se trouvent l’empathie et la compassion, bien davantage qu’un enseignement doctrinal. Aucun exposé théologique, aussi brillant soit-il, ne peut faire disparaître un TOC. Si ce trouble pouvait être surmonté par une meilleure catéchèse ou par l’accumulation de connaissances, le pénitent aurait depuis longtemps trouvé le chemin de la guérison. Les interrogations incessantes qui caractérisent le TOC auraient fini par déboucher sur la réponse tant recherchée, celle qui apaise enfin l’anxiété et dissipe le doute. Or, c’est précisément ce que le trouble rend impossible. Plus on apporte d’informations, plus les questions se multiplient ; loin d’apaiser la souffrance, elles alimentent le fonctionnement même du trouble.

Je suis convaincu que la meilleure attitude pastorale consiste, pour le prêtre, à faire savoir au pénitent qu’il perçoit sa souffrance et qu’il comprend la douleur qu’il endure. Il est souvent difficile, dans un premier temps, pour la personne scrupuleuse d’accueillir une telle parole de la part de son confesseur. Pourtant, après des mois, parfois même des années de confessions répétées, il arrive qu’elle finisse par répondre à cette offre d’accompagnement spirituel et ose enfin demander de l’aide et des conseils. C’est à ce moment-là que le prêtre peut mettre en œuvre un accompagnement pastoral ciblé, mûri par l’expérience, et réellement efficace.

Une telle démarche demande du temps et un véritable engagement, tant de la part du prêtre que du pénitent. Mais ce temps n’est jamais perdu : il porte un véritable fruit pastoral.

Dans le cadre d’un dialogue personnel et d’un accompagnement spirituel suivi – de préférence en dehors du confessionnal, au cours d’un rendez-vous spécifiquement consacré à cette démarche – le prêtre devrait expliquer au pénitent souffrant de scrupulosité qu’il peut constituer l’une des ressources susceptibles de l’aider à apprendre à vivre avec son trouble et à mieux le gérer.

Dans le même temps, il est important que le prêtre l’encourage également à recourir à un accompagnement psychologique de qualité. Une psychothérapie adaptée peut être d’une aide précieuse pour apprendre à gérer le trouble. Cette recommandation est essentielle, car beaucoup de personnes souffrant de scrupulosité éprouvent une profonde méfiance à l’égard des psychologues, des thérapies comportementales et, parfois même, des traitements médicamenteux, alors que ceux-ci peuvent se révéler particulièrement efficaces.

Le message essentiel que le prêtre doit transmettre est le suivant : il marchera aux côtés du pénitent dans cette recherche d’un meilleur équilibre psychologique et d’une véritable santé intérieure. Il faut toutefois s’attendre, à ce stade, à une résistance importante et durable.

Il est en effet très fréquent que la personne oppose une certaine réticence à l’idée d’un suivi psychologique, même lorsqu’elle reconnaît qu’il s’agit probablement de la meilleure manière d’acquérir les outils nécessaires pour apprendre à gérer son trouble. Le plus souvent, cette hésitation s’exprime par une crainte formulée en ces termes : si elle entreprend une thérapie psychologique, elle risque de « perdre sa foi ».

Cette réaction révèle souvent une conviction profondément enracinée : la personne en vient à considérer sa scrupulosité comme la « croix » personnelle que Dieu lui aurait confiée. Dès lors, chercher à mieux gérer son trouble lui donne le sentiment de s’opposer à la volonté du Seigneur.

C’est précisément ici que le prêtre peut jouer un rôle décisif. Il peut aider le pénitent à discerner qu’un choix en faveur d’une vie plus saine est aussi un choix conforme à la volonté de Dieu. Accueillir les moyens qui permettent de retrouver une meilleure santé psychique n’est pas un manque de foi ; c’est, au contraire, consentir à l’œuvre de Dieu dans sa propre vie.

Si un prêtre accepte de consacrer du temps et de l’énergie à accompagner une personne scrupuleuse, ce ne peut être que dans le but de l’aider à reconnaître son trouble, à l’accepter et à apprendre progressivement à le gérer.

En revanche, si le pénitent refuse catégoriquement le recours à l’aide professionnelle dont il a besoin et souhaite seulement utiliser les entretiens spirituels pour alimenter davantage encore son trouble en multipliant les questions et les demandes de réassurance, mon conseil pastoral est que le prêtre n’accepte pas d’entrer dans cette dynamique.

Une telle démarche serait contre-productive et ne rendrait service ni au prêtre ni au pénitent.

C’est une décision douloureuse à prendre, mais c’est aussi, paradoxalement, la plus charitable. Elle est, à long terme, la plus bénéfique, tant pour le prêtre que pour la personne qui souffre d’un trouble obsessionnel compulsif.

Lorsque le prêtre et la personne souffrant de scrupulosité sont parvenus à une véritable compréhension mutuelle et travaillent ensemble à une prise en charge efficace du trouble, une approche sacramentelle particulière peut alors être mise en œuvre.

Le sacrement le plus approprié pour permettre à une personne dont la scrupulosité est une manifestation du trouble obsessionnel compulsif de faire l’expérience de la guérison et de la réconciliation du Seigneur n’est pas le sacrement de la Réconciliation, mais celui de l’Onction des malades.

Pour une personne souffrant de scrupulosité, une pratique pastorale particulièrement féconde consiste donc à recevoir régulièrement le sacrement de l’Onction des malades. Ce sacrement favorise une rencontre spirituelle profonde avec le Christ, présent et agissant auprès de celui qui souffre d’une maladie ou d’un trouble ayant besoin de guérison. Il permet également de sortir du cercle vicieux constitué par la confession de péchés supposés, la culpabilité imaginaire, le doute incessant et l’anxiété qui caractérisent la personne atteinte de ce trouble.

D’une manière très concrète, cette pratique spirituelle, lorsqu’elle est accompagnée par un directeur spirituel compétent – en l’occurrence le prêtre – favorise progressivement une véritable expérience de guérison et de restauration intérieure. Elle aide la personne à renouer avec la part la plus saine d’elle-même, tout en lui permettant de retrouver une relation plus paisible avec l’Église à travers une vie sacramentelle vécue de manière plus équilibrée.

Le sacrement de la Réconciliation conserve naturellement toute sa place, mais il ne devrait être célébré que lorsque le prêtre et le pénitent reconnaissent ensemble qu’il existe un péché réel à confesser, et non une simple peur du péché ou un sentiment de culpabilité engendré par les ravages du trouble obsessionnel compulsif.

Lorsque, pour diverses raisons, cette forme d’accompagnement pastoral ne peut être mise en œuvre, il demeure néanmoins plusieurs moyens concrets d’aider les personnes scrupuleuses.

La première compétence pastorale que le confesseur devrait acquérir consiste à comprendre que la confession d’une personne scrupuleuse est généralement très structurée et fortement ritualisée. Pour un prêtre peu expérimenté, cette confession peut donner l’impression d’être une demande de conseil spirituel ou d’accompagnement personnel. En réalité, il n’en est rien.

Très franchement, lorsqu’une personne scrupuleuse accomplit le rituel de la confession, elle ne recherche qu’une seule chose : mener ce rituel jusqu’à son terme, rien de plus.

La réponse la plus charitable du confesseur consiste alors à écouter calmement cette litanie ritualisée, puis, sans entrer dans une longue discussion, à donner simplement l’absolution.

En second lieu, le prêtre devrait veiller à proposer une pénitence extrêmement simple, parfaitement claire et facile à accomplir, de manière à éliminer toute possibilité de doute ou de confusion. Je proposerais, par exemple : « Priez un seul Notre Père. Peu importe si votre prière est distraite ou imparfaite. Ce qui vous est demandé, c’est simplement d’essayer de réciter cette prière. Rien de plus. »

Il convient d’éviter les pénitences difficiles à évaluer ou susceptibles de susciter des interrogations, telles que : « Dites à quelqu’un que vous l’aimez. » Ou : « Passez quelques minutes en prière silencieuse. »

Croyez-moi : le pénitent scrupuleux vous sera profondément reconnaissant de votre brièveté et de la clarté de vos indications.

Dans l’une de ses exhortations apostoliques, le pape François rappelait que le confessionnal n’est pas destiné à devenir une « chambre de torture ».

Lorsqu’un prêtre comprend les ravages du trouble obsessionnel compulsif et accepte d’adapter son accompagnement pastoral en conséquence, la souffrance de la personne scrupuleuse peut être considérablement allégée.

Le confessionnal cesse alors d’être un lieu de tourment pour devenir un lieu où se déversent la grâce et la miséricorde infinies de Dieu.


* Originaire de Grand Rapids, dans le Michigan, le père Thomas M. Santa, C.Ss.R., a prononcé ses vœux au sein de la Congrégation du Très Saint Rédempteur (les Rédemptoristes) en 1973 et a été ordonné prêtre en juin 1978. Il est diplômé du Holy Redeemer College (Waterford, Wisconsin) et de la State University of New York (Mount Saint Alphonsus).

(Article traduit de l’anglais grâce à ChatGPT.)

Voir aussi le site https://managingscrupulosity.com/

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